Transports : l'héritage des Jeux Olympiques de Rio

Alors que les Jeux Olympiques 2016 s’achèvent tout juste, nous tirons un bilan de l’impact de l’événement sur les transports de Rio De Janeiro, et plus largement, du Brésil. Lors du dépôt de leur candidature auprès du CIO en 2009, l’amélioration du système de transport devait être le grand héritage de ces Jeux Olympiques pour Rio. De nouveaux équipements plus propres, plus économiques et plus performants. L'objectif étant d'offrir à une plus large partie de la population, des solutions de transports fiables. Le pari est-il-réussi ? 

Résoudre les problèmes de transports

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Pour répondre aux conditions de transport désastreuses bien connues de Rio, les autorités brésiliennes ont trouvé des solutions palliatives -plus que structurelles- en vue des Jeux Olympiques. Passons en revue ces principales évolutions.

La mise en place du Bus Rapid Transit est l’une d’entre elles. Quatre lignes de bus ont bénéficié de couloirs aménagés et réservés, qui seront ouverts au grand public dès la fin des Jeux Paralympiques. 260 kilomètres de voies seront balisés pour permettre une circulation plus fluide. Autre héritage de taille, les cariocas bénéficient d’un nouveau tramway s’étendant sur plus de 28 kilomètres. Des travaux ambitieux qui ont bouleversé les artères de Rio pendant des mois. Ils devraient accueillir 300 000 passagers par jour. Enfin, pour fluidifier le trafic, la ville de Rio a développé une application mobile censée faciliter le déplacements des spectateurs lors de l'événement. Mais dès la deuxième journée, une journaliste du Sydney Morning Herald raconte que l'application a crashé, laissant les utilisateurs d'IOS sur le carreau (avant que celle-ci soit corrigée et approuvée de nouveau par Apple). 

Comme le rapporte Clément Guillou, journaliste du Monde présent sur place, la pratique a souvent été bien éloignée de la théorie. Plutôt que de construire des lignes de métro entre des sites olympiques éclatés aux quatre coins de la ville, Rio a préféré mettre en place un système de navettes-bus, relativement efficace. Mais ce système est complexe et peu lisible pour les usagers. D’autant que de nombreux bénévoles ont dû être formés à la dernière minute pour conduire ces nombreuses bus. Mario AndradaDirecteur de la communication des Jeux Olympiques de Rio avoue : «  Bref, aujourd’hui [mardi 9 août 2016], la priorité, ce sont les transports. Une “task force” travaille à améliorer le système. Les chauffeurs vont réviser les parcours. Ils n’étaient pas assez nombeux, le CIO était préoccupé, donc on a récupéré 190 chauffeurs travaillant pour la mairie de Rio. »

Ces solutions palliatives ont sûrement été efficaces pour les Jeux Olympiques, mais pour répondre à ces carences structurelles, Rio devra accompagner le développement urbain et investir dans de nouvelles infrastructures de transport collectifs pouvant faire face à des capacités de masse. Pas seulement pour les zones les plus riches, mais également pour les quartiers les plus défavorisés, souvent excentrés. Notons que la ville n’a pas encore de système d’information en temps réel sur l’utilisation de ses transports publics, ce qui l’a handicapé dans la gestion du trafic durant ces deux semaines olympiques. 

Des transports en commun chaotiques

La mobilité est le gros point noir de Rio, ce n'est un secret pour personne. Un calvaire vécu chaque jour par les 6,5 millions d’habitants et qui a pu être vérifié par les presque 500 000 touristes venus spécialement pour les Jeux Olympiques. Les embouteillages sont gigantesques et les trois lignes de métro sont loin de desservir toute la ville.
Au quotidien, ce sont 37% des cariocas qui se déplacent en bus. Des bus bondés, non-climatisés et dans lesquels ont lieu de nombreuses agressions. Des bus souvent à l’arrêt au milieu du trafic. Seules les motos se faufilent entre les voitures en klaxonnant au milieu des insultes des automobilistes. Le taux de motorisation a explosé ces dernières années faisant de Rio la troisième ville la plus embouteillée du monde. Ce phénomène coïncide notamment avec une hausse du niveau de vie moyen, hausse qui devrait se poursuivre dans les années à venir.

Tweet: À Rio, l’ivt en infrastructures capte le 3/4 du budget et s’effectue au détriment d'ivts sociaux, économiques et environnementaux !

Cet enfer s’explique en partie par la structure monocentrique de Rio. Le centre-ville réuni près de la moitié de la population de la métropole ainsi que la plupart des emplois, services et équipements. Rio doit apprendre à réduire les besoins de mobilité en créant de nouveaux pôles, locaux, offrant les mêmes caractéristiques. L’investissement en infrastructures capte le trois quart du budget et s’effectue au détriment d’autres investissements, plus essentiels (sociaux, économiques, environnementaux).

Rio et le Brésil, tournés vers l'avenir

Une analyse du WRI Brazil et EMBARQ Brazil montre que le renouvellement de la flotte de bus des grandes villes, de modèles très anciens vers des véhicules modernes, est un succès. Grâce aux voies rapides (évoquées plus haut), le secteur du transport pourrait réduire ses émissions de 55%.
À Sao Paolo, le chantier est également en route. La mégapole, qui héberge 11,8 millions d’habitants, teste 479 kilomètres de lignes de bus et 303 de pistes cyclables. La ville est totalement repensée, d’une structure tournée vers l’utilisation de la voiture individuelle à celle d’un transport durable.
Avec plus de 85% de sa population résidant dans les zones urbaines, les changements dans ces villes signifient des modes de vie plus saints pour la plupart de brésiliens.
Pour faire face à ces challenges majeurs qui détermineront leur futur, les brésiliens vont devoir faire face à deux challenges, et non des moindres : le financement et la gouvernance.

Alors que les investissements dans les transports publics sont considérés comme le principal héritage des Jeux Olympiques de Rio 2016, ils ne contribuent que faiblement aux challenges que la ville a en termes de véhciules privés. La flotte de voitures particulières augmente de 5% par an. En espérant que le Plano Diretor de Transportes investisse dans des projets dans les zones qui en ont besoin, pas dans celles où l’argent se trouve ...